LE SPORT DANS LES CV

Dans les CV, il est une tradition que beaucoup respectent, c’est celle de la mention des activités extra-professionnelles (ou hobbies). La grande majorité des CV y font référence (neuf CV de cadres sur dix) et les conseils pour rédiger les CV sont nombreux sur l’art et la manière de se servir de cette rubrique, ainsi
que sur les erreurs à éviter.
De fait, loin d’être éloigné de la dimension strictement professionnelle comme le suggère l’intitulé, son contenu au contraire veut enrichir cette dimension centrale, voire parfois renforcer la légitimité de la candidature, métamorphosant en compétences professionnalisables ce qui a priori relève du loisir, du hobby, du passe-temps, bref du hors-travail.
Concernant les références au sport, il faut relever qu’elles sont rarement citées seules. En évoquant leur vie extra-professionnelle, de nombreux cadres visent à mettre en évidence des personnalités équilibrées : ”il n’y a pas que le travail dans ma vie” + ”ce que je fais en dehors du travail peut vous intéresser” + ”ce que je fais est diversifié et donc enrichissant.”

Les trois quart des cadres indiquent une activité sportive dans leur CV

 

C’est très largement le loisir le plus cité, devant les pratiques culturelles(3) (46%), les activités associatives (25%) et les voyages (23%).
Mais la règle est de ne pas mentionner une seule
activité, quelle qu’elle soit. Près de 40% des CV de cadres mentionnent à la fois une pratique sportive et
une pratique culturelle. Et moins de 20 % ne mentionnent ni pratique sportive ni pratique culturelle.

La mention des activités extraprofessionnelles sur le CV est très liée à l'âge et au sexe

Selon l’âge des cadres, la mention des activités extraprofessionnelles n’est pas identique. La quasi-totalité des moins de 30 ans remplissent cette rubrique alors que près d’un cadre sur cinq de 55 ans et plus ne le juge pas nécessaire : cette différence confirme l’hypothèse du rôle donné à l’extra-professionnel en tant que sphère d’acquisition de compétences professionnalisables.
Les activités sportives sont mentionnées dans 85% des CV des cadres de moins de 30 ans contre à peine plus de 60% pour les CV des cadres de 50 ans et plus.
La proportion d’hommes et de femmes qui indiquent une activité sportive dans leur CV est proche mais les activités sportives mentionnées sont différentes.
La différence entre hommes et femmes porte aussi sur les autres activités extraprofessionnelles associées. Ainsi, 55% des CV des femmes cadres mentionnent une pratique culturelle, contre 41% pour les hommes. De même, les voyages et les loisirs créatifs (jardinage, bricolage, décoration, cuisine)
sont davantage l’apanage des femmes. À l’inverse, les activités ludiques et scientifiques et l’informatique sont quasi exclusivement mentionnées par les hommes.

Les pratiques sportives mentionnées dans les CV sont différentes des pratiques sportives régulières

À l’encontre des conseils les plus fréquemment donnés, les cadres mentionnent en général des pratiques sans souci de précision sur leur actualité et leur fréquence. 80% des CV n’apportent aucune information sur le niveau de la pratique, et seulement 13% indiquent une pratique en compétition.
On perçoit plus le souci de mettre en avant une préoccupation hygiéniste (“mens sana in corpore sano”, ainsi que le fait de se détendre et lutter contre son stress) que de se montrer en adéquation avec la rhétorique managériale (compétition, performance, dépassement de soi)(4).
Les principales activités mentionnées sont les plus classiques et les plus accessibles : natation, vélo, randonnée, course à pieds, mais celles aussi qui peuvent servir de base à une socialisation non professionnelle (sports de raquette, sports collectifs, ski). Ces sports sont cités fréquemment dans les CV alors qu’ils ne font pas partie des pratiques sportives régulières décrites par les cadres dans les enquêtes. Le ski ou le tennis sont ainsi largement cités dans les CV alors qu’ils n’apparaissent que marginalement dans les pratiques sportives régulières : ce sont probablement des sports pratiqués durant les congés, donc moins d’une fois par semaine.
Il y a bien dans les CV de cadres le souci de montrer que l’on pratique un sport, même s’il s’agit uniquement d’une pratique ponctuelle, liée aux vacances par exemple.

Pour les cadres, il est important de mentionner une activité sportive dans son CV

De fait, les cadres jugent légitime cette mention du sport dans les CV. Seuls 10% des cadres estiment qu’il n’est pas important d’indiquer une activité sportive sur leur CV, contre 52% qui le jugent important et 29% qui pensent que cela dépend de l’activité mentionnée.


Invités à justifier leur choix dans une question ouverte, deux notions sont fréquemment citées : dynamisme et équilibre. Ainsi, nombre de cadres jugent que la mention d’un sport dans un CV démontre
un grand dynamisme, que cela est révélateur de valeurs qui peuvent être
mobilisées à l’intérieur de l’entreprise :
- ”La pratique sportive dénote le goût de l’effort et le dynamisme.”;
- “La pratique d’un sport donne des indications sur l’intérêt porté à sa santé. Selon les sports et les approches individuelles, elle peut traduire l’esprit d’équipe, le goût du challenge, l’amour du risque, etc.”;
- “Cela dénote un état d’esprit tourné vers le goût de la performance et du dépassement de soi.”;
- “Le sport permet de développer la personnalité (esprit d’équipe, solidarité...)”;
- “Un sport collectif démontre une aptitude relationnelle. Un sport montre un goût du challenge.”;
- “Les sports ne portent pas tous les mêmes valeurs. Par exemple, l’escrime est un sport noble et individuel, le rugby porte des valeurs de solidarité collective que le football porte moins.”
En parallèle, et sans contradiction apparente, les cadres soulignent aussi combien la mention d’un sport dans un CV peut démontrer un équilibre. Équilibre physique, mais aussi équilibre entre vie privée et vie professionnelle.
- ”Sain dans son corps = Équilibre psychique.”;
- ”Pour l’équilibre que peut apporter une activité extra-professionnelle.”;
- ”Épanouissement physique, prendre soin de son corps.”;
- “Pour montrer que l’on est performant, complet et que l’on a un échappatoire pour supporter les moments difficiles. Un esprit sain dans un corps sain.”;
- “Cela montre qu’il n’y a pas que le travail dans la vie, que l’on est dynamique.”;
- ”Pour montrer qu’on a une vie en dehors de l’entreprise.”.
Quelques rares verbatim sont plus amères, en soulignant combien le sport peut être révélateur de tensions au sein des entreprises :
“Un cadre se doit d’être jeune, beau et dynamique. Les activités extrêmes et
d’endurance font plutôt bon effet mais le climat en entreprise s’en ressent :
individualisme, compétition et intérêt personnel. Évidemment, c’est du vécu.”