LES CADRES ET LE SPORT

Présentation

Les références aux valeurs dites sportives sont très fréquentes dans le discours managérial. Le vocabulaire (coaching, staff, équipe, compétition, performance, défi, challenge,…), la rhétorique visant à améliorer “tant le bien être des employés que leur productivité et la compétition et à construire une image collective de dynamisme1” semblent banalisés dans les entreprises. 

À y regarder de plus près, l’omniprésence de cette référence au sport pose question : l’utilisation de valeurs hors-travail suggère en effet que la valeur travail n’est pas suffisante pour mobiliser les énergies dans les entreprises et les entraîner dans une dynamique collective indispensable à l’atteinte des objectifs. Ces valeurs, qui ne sont pas contestées en tant que telles, ne sont-elles pas porteuses de malentendus, de paradoxes et de contradictions, voire de tensions préjudiciables à l’objectif de leur usage : peut-on si facilement à la fois être individuellement performant et avoir l’esprit d’équipe ? Et si beaucoup de valeurs dites sportives sont convoquées, n’a-t-on pas tendance dans les entreprises à en négliger certaines, comme la gestion individuelle et collective de la dynamique de l’échec ?
Enfin, outre des valeurs morales trop nombreuses et diverses pour être gérées harmonieusement, la dimension hygiéniste plus ou moins explicite peut poser problème. La ”bonne santé”, que l’on associe aujourd’hui à ”l’activité physique régulière” est statistiquement un privilège qu’aucun individu ne peut totalement maîtriser tout au long de sa vie, et sur lequel, par ailleurs, les effets des conditions travail - sujet actuellement largement débattu - peuvent avoir un impact.

La solide figure du cadre dynamique (plutôt un homme, plutôt jeune, et surtout en bonne santé parce qu’adepte régulier d’un sport) reste en elle-même le symptôme d’une perception sélective du groupe des cadres, moins fondée sur des critères rationnels de professionnalisme que sur le poids des apparences et d’un certain conformisme.
L’étude montre cependant qu’une partie des cadres, consciemment ou spontanément, ne s’y laissent pas prendre. D’ailleurs, les cadres pratiquent-ils un sport ? Utilisent-ils le sport comme référence dans leur activité professionnelle en général et en tant que managers ? Auxquelles de ses valeurs s’attachent-ils de préférence ?
Pour apporter des éléments de réponse et de discussion, l’Apec a interrogé 1 300 cadres du secteur privé sur leur rapport au sport. Ce sondage a été complété par l’analyse des activités sportives mentionnées dans les curriculum vitae de cadres.
Il en ressort que les cadres dans leur majorité ont une image positive du sport et de la référence au sport dans le management. Néanmoins, c’est bien le loisir, la détente et la sociabilité qu’ils privilégient dans leurs pratiques personnelles, et moins la performance et le dépassement de soi, valeurs qui paraissent comme de véritables valeurs travail, promues quant à elles par l’entreprise.